• Une programmation non spiralaire : est-ce possible ?

    En mathématiques et français, une programmation spiralaire des apprentissages (que je définirais rapidement comme un rebrassage, sur un temps relativement court, des mêmes notions à plusieurs moments de l'année scolaire, en complexifiant les concepts et techniques à chaque occurrence) est de plus en plus à l'honneur.

    Surtout en math' (Picbilles, Capmaths...)

    Et de plus en plus en français (méthode Picot, par exemple).

      

    L'argument avancé - que je conçois fort bien -  réside en la consolidation des acquis : une même notion, si elle est travaillée plusieurs fois dans l'année, se fixerait mieux en mémoire.

    C'est sans doute vrai - dans la mesure où l'on aurait vraiment le temps de lui donner, à chaque fois, le temps.

    D'ailleurs, il me semble que les sciences cognitives, - si l'on modélise toute connaissance sous forme d'un schème - émettent l'hypothèse que ce schème se précise au fur et à mesure des situations d'apprentissage ou des expériences qui l'actualisent.

    Par exemple, le concept de "verbe", d'abord défini comme le mot qui exprime l'action dans une phrase, va évoluer au cours de la scolarité, s'étendant ensuite à la possession, à l'état, puis répondant aux critères de "qui peut se conjuguer", "qui varie selon son lien avec la situation d'énoniation", ou qui est constitué d'un lexème fixe et de morphèmes variables dont il s'agit de comprendre la portée... Peu à peu, le complexe évolue et s'affine. 

    Certaines compétences (comme la lecture, ou la rédaction, ou surtout, peut-être, l'orthographe) évoluent ainsi toute la vie...

      

    Pourtant, à l'échelle d'une année scolaire, j'ai pris le parti contraire. C'est-à-dire que j'ai choisi, volontairement, une programmation des plus segmentées (oserais-je dire "classique" ?), qui découperait le programme en unités artificiellement indépendantes.

    Ainsi, lorsque je traite l'addition, je traite l'addition. Longtemps.

    Puis vient la soustraction, puis la multiplication...

    En grammaire, je commence par le nom et le groupe nominal minimal (ce qui m'oblige à étudier quelques déterminants et le genre et nombre des noms) puis ajoute la notion d'adjectif...

    Les temps verbaux semblent également bien étanches : présent, puis futur, puis imparfait... Chacun font l'objet d'un gavage sur 3 ou 4 semaines.

      

    Quelle erreur ! me direz-vous. Quelle vision simpliste ! Rien n'existe seul, tout fait système, tout s'oppose et se complète !!

    Oui, oui !

    C'est justement parce que tout est dans tout que ma programmation, qui semble découper ainsi le savoir en tranches, n'en est pas moins, in situ et à l'échelle de l'année, naturellement spiralaire.

    Car comment enseigner la soustraction sans utiliser (et donc revoir) les compléments (et donc les calculs additifs) ?

    Comment la multiplication pourrait-elle se passer de l'addition ? La division de la soustraction ?

    Et, au coeur de tout cela, peut-on éviter une consolidation permanente des connaissances en numération, en échanges 10 contre un, et en lecture de nombres ?

      

    Comment aborder les compléments sans analyser, revoir et re revoir, le verbe et son sujet (si tant est qu'ils soient suffisamment acquis, et considérés comme des pré-requis à l'étude des compléments...) ?

    Comment ne pas opposer le passé composé et l'imparfait, dans son rapport au présent ? Comment ne pas faire des ponts entre les différentes désinences, quel que soit le temps verbal abordé ?

    Le pluriel des noms, les accords, les désinences verbales, les homophones, reviennent à chaque dictée... à chaque correction de production...

      

    C'est parce que les savoirs s'imbriquent, reposent les uns sur les autres, que le spiralaire ajouté ne me semble pas nécessaire : il a pour inconvénient majeur de faire perdre de vue les notions particulièrement et explicitement travaillées sur un temps donné, parfois nécessairement long, au profit d'une vision globale  de l'apprentissage : "on fait des math", "du calcul", "on fait du français".

    Je pense au contraire que l'exploration, pendant un mois, d'une technique opératoire ou d'un temps verbal permet à l'élève, non seulement de fixer des automatismes qui vont s'avérer de plus en plus nécessaires au fur et à mesure que les notions se complexifient - et ce afin de soulager la mémoire de travail - mais aussi de permettre la construction de réseaux neuronaux beaucoup plus solides - alors qu'un saupoudrage tous les mois de l'année me semble cognitivement plus coûteux (car tout est remis en question à chaque exercice), moins rassurant, plus volatile.

    En EPS, par exemple, on sait bien qu'il vaut mieux travailler par "cycles", en faisant les mêmes "gestes sportifs" plusieurs fois par semaine.

    On sait, lorsque l'on travaille un morceau de musique, qu'il faut énormément de répétitions de ce même morceau, pour le fixer, souvent définitivement, en mémoire - et que ce n'est pas en le travaillant toutes les deux ou trois semaines, par petites touches de 10 minutes, pendant un an, qu'on sera efficace.

    Bref. Je ne vois pas l'intérêt de commencer une séance sur la table de Pythagore par le problème suivant, qui mobilise des procédures dont je n'aurais pas besoin hic et nunc, et qui nécessiterait, pour nombre de mes d'élèves, une séance à part entière, afin de passer en revue les différents moyens d'arriver (compléments, déplacement sur la droite numérique, addition à trous, soustraction) au résultat :

    Chacun paie en donnant un billet de 100 euros au marchand (ils lui doivent respectivement 75 , 20 et  35 euros). Combien le marchand lui rend-il ? (Cap math Ce2, 2007, page 53).

      

    Restera-t-il du temps, de l'énergie et de la concentration pour véritablement travailler ensuite la construction de la table ?

    Je doute.

      

    (Gloups... Pas taper. Enfin, pas trop fort. Ce n'est que mon avis...)


  • Commentaires

    1
    Samedi 25 Mai 2013 à 13:18

    Excellente réflexion, bien argumentée, comme d'habitude.

    2
    arte
    Samedi 25 Mai 2013 à 18:18

    Alors là je suis bien de ton avis. C'est comme pour les séances n°O où l'on évalue ce que les élèves (ne) savent (pas) ; comme les découvertes où les élèves élaborent la règle par 4 en 2 séances... Dans la réalité, on n'a souvent ni le temps ni l'envie d'y coller nos élèves.

    En pédagogie explicite, on prend bien le temps d'explorer les notions, comme tu dis, et certains manuels permettent de travailler par thèmes (outils pour ... et au rythme des... par exemple).

    Rien n'empêche de réactiver régulièrement les savoirs-faire (probleme hebdo, calcul du jour, phrases du jour...)

    3
    Mercredi 29 Mai 2013 à 22:07

    Je suis, dans l'ensemble, d'accord avec toi. A la seule différence que je concluerais par une certaine "ouverture spiralaire".

    Comme le dit arte, juste au-dessus de moi, apprendre exclusivement et profondément un thème oui, mais rien n'empêche de continuer à activer tout ce qui a été vu précédemment. Rapidement, sous forme de "rituels" comme les phrases du jour et cie...

    4
    Jeudi 30 Mai 2013 à 20:41

    Rôô... Sur Néo, on parle de cet article. La gloire internationale  !

    http://www.neoprofs.org/t60876-une-programmation-non-spiralaire-est-ce-possible

    C'est drôle, ils viennent même pas commenter ici, alors que je peux pas leur répondre là-bas... (bannie à perpét')

    Faut pas avoir peur ! Je ne mange ni ne bannis personne, moi. Les spiralaires seront bien accueillis ! Les fautes d'orthographe et de syntaxe relativement bien acceptées ! Même le SLECC, je les mets pas dehors .

    Allez, viendez !

     

    PS @ Rikki : non, Archi n'est pas spiralaire.

    PS @ 21déjà : j'ai un peu suivi ton année scolaire. La prochaine ne peut qu'êter mieux, côté collègues ! Me permets même de t'adresser une bise virtuelle !

    PS @ Cripounet : Tu sais pas, il y a aussi quand tu fais de l'humour et que t'es à poil, ben c'est funnyculaire !

    5
    Jeudi 30 Mai 2013 à 21:11

    Et merci Spinoza, d'oser mettre un lien là-bas vers mon blog. T'as peur de rien !

    6
    Jeudi 30 Mai 2013 à 21:34

    muf', même pas peur, si tu veux bien je transmets ;) Je développerais bien ce que j'en pense à mon modeste niveau de débutante (ça se rapproche du message de 21) mais pas maintenant, journée trop pourrie, je procrastine.

    7
    Jeudi 30 Mai 2013 à 21:51

    Merci Phi ! Mais-tu pris soin de numéroter tes abattis ?

    (Tu as bien rasion de procrastiner de temps en temps ! Allez, comme on dit chez moi, je crois :  "journée pourrie, annonce d'accalmie".)

    8
    Akwabon
    Samedi 1er Juin 2013 à 16:27

    J'ai répondu là-bas, en parlant juste de ma définition du spiralaire. Je crois qu'il s'agit d'une question de définition surtout parce que, finalement, nos deux "spiralaire" ou "non-spiralaire" finissent par avoir pas mal de points communs.

    9
    Sapotille
    Lundi 3 Juin 2013 à 13:53

    J'avais loupé tout cela, pour cause d'invitation à un mariage !

    On n'a plus de vie in réelle life, quand on suit des forums et les blogs des copines !

     

    Je vais m'y mettre...

     

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