• Les pièges en lecture : mots difficiles (1)

    Un petit point sur les graphies qui peuvent poser problème encore en cycle 3.

    En général, la prononciation de mots comme "acrobatie" ou "patient' s'apprennent par imprégnation, et ne nécessitent pas d'explicitation pour la plupart des enfants, qui corrigent immédiatement leur oralisation afin de faire sens, ou parce que le mot a été rencontré bien souvent.

    Il me semble pourtant intéressant d'y revenir ponctuellement, afin de consolider ces exceptions chez les lecteurs les moins à l'aise avec la langue.

      

    Quelques difficultés possibles :

    1) le ch, prononcé /k/ dans les mots d'origine grecque : chorale, archéologue, choeur...

     

    2) le en est franchement capricieux, car il est bien des cas où il ne se prononce pas /ã/

    - bien sûr, dans la terminaison verbale du présent (3ème personne du pluriel), que certains de mes élèves lisent encore [ã];

    - en fin de mot (en/em) pour : abdomen, totem, modem, tandem

    - en fin de mot devant un -i : rien, bien, le mien, le tien, le sien, alsacien, il tient (+ il contient, il détient); il vient  (il revient, il se souvient...)

    sauf : patient, conscient et quotient

    -  cas particuliers : un examen, moyen, Benjamin, Bengale

     

    3) le t + i n'est pas régulier non plus.

    Règle générale : suivi d'une voyelle, ti se prononce /sj/... sauf :

    - au début d'un mot : tierce

    - précédé d'un s ou ^ (ancien "s") : vestiaire, chrétien

    - dans les formes verbales comme sortions, portiez...

    - et aussi, pour des raison de dérivation : la sortie, le soutien, le maintien, septième, bâtie, aplatie, centiare, la moitié, la pitié (et les féminins en -té), Poitiers...

    4) emm prononcé /am/ dans le mot "femme", mais aussi les adverbes : apparemment, consciemment, patiemment...

    5) ai prononcé /oe/ : faisan, il faisait, nous faisions

    6) aon prononcé /ã/ : paon, taon, faon

    7) le mot cueillir et ses dérivés;

    8) L'auxiliaire du verbe avoir : "eu" (prononcé "*heuuuu")

    9) La lettre "x"

    10) quelques liaisons : un grand arbre/ homme... répond-il... Il est neuf heures.

     

      

    Une fois fait ce constat, reste le problème du : comment leur donner ces automatismes autrement que par la lecture quotidienne à voix haute (par les élèves, et le maître) de tout type de textes, où l'on ne peut finalement les rencontrer que par hasard ?

    Est-il utile de provoquer des confrontations de graphèmes ? Est-ce que ça ne risque pas de les embrouiller, et d'amener des hésitations qui n'étaient pas là ?

    Edit : en poursuivant ma réflexion, j'aboutis toujours à ce dilemme, vieux comme la pédagogie : vaut-il mieux regrouper les graphèmes qui se prononcent de la même façon, et les faire lire plusieurs fois, ou les opposer ?

    (Même problème en fait que pour les a/à, on/ont et compagnie).

    Je ne sais pas...

    Exercices possibles :

    J'essaierais bien d'alterner l'observation contrastive de ces graphies avec mes rituels orthographiques du matin, par petites doses de 15 ', partagées en deux phases :

    a) un jeu de l'intrus, qui permettrait de mettre en relief et d'expliciter le graphème ambigü;

    b) quand cela s'y prête, une "phrase piégée", qui mêlerait plusieurs valeurs du graphème en jeu.

     

    1) Les valeurs du "ch" :

    a) Trouver et expliquer l'intrus : chant - chaton - chorale - chahut

     b) Lire : Nous chantons en choeur, de tout notre coeur, à la chorale du lundi.

    L'archéologue a découvert près d'un rocher le squelette d'un chimpanzé.

                        

    2) le "en" :

    - terminaison plurielle vs /ã/ :

    a) intrus : souvent - le vent - transparent - ils savent - seulement  

    b) lire : Ces enfants mangent souvent à la cantine.

    Les poules du couvent couvent.

     

    - terminaison plurielle vs /in/ :  

    a) intrus : il retient - il se souvient - elles sourient - elle revient

    b) lire : Viens me montrer ton cahier : regarde comme tes lettres penchent.

     

    - "en" précédé de "i" :

    a) intrus (2 listes) : le chien - bien - rien - le patient

    le sien - le mien - conscient - un alsacien

    b) lire : Ce chien est patient : il attend son maître à la porte du magasin. Le mien se serait déjà enfui bien loin.

     

    - "en" prononcé /in/ : 

    a) intrus :Benjamin - le Bengale - moyen - un menteur - un examen

    b) lire : Benjamin a trouvé un moyen d'observer tranquillement un tigre du Bengale.

      

    3) Valeurs du t : t+i prononcé [sj] vs [ti]

     a) intrus (3 listes) :

    attentif - acrobatie - soutien - pitié

    situation - admiration - amitié - attention

    péripétie - aplatie - bâtie - sortie

    b) phrases piégées : 

    Le clown a effectué plusieurs acrobaties avant de se diriger vers la sortie, provoquant l'admiration du public.

    Je fais toujours attention aux orties.

      

    4) graphie : "emm"

     Intrus : une femme - patiemment - la flemme - apparemment

      

    5) graphie : "ai"

    a) intrus (2 listes) :

    un geai - un faisan - un aigle - une aigrette

    nous taisons - nous faisons - nous laissons - nous aimons

    b) lire : Quand elle faisait des crêpes, ma grand-mère laissait toujours la pâte reposer une heure.  

     

    6) Problème du -aon :

    a) intrus : le paon - le pharaon - le faon - le taon

    b) lire ou écrire la définition de chaque mot.

     

    (à suivre)

    Mise en forme ici.


  • Commentaires

    1
    Madame Têtard Profil de Madame Têtard
    Samedi 19 Janvier 2013 à 13:39

    Déjà, je trouve admirable ce recueil de cas particuliers. J'ai eu du mal à en trouver autant. :D

    Effectuvement, je me suis posée la question de savoir si ça ne risquait pas de les embrouiller. Mais du coup, j'ai l'impression que le problème va au delà d'un simple problème lecture. Le problème de mes élèves c'est aussi le vocabulaire:ça ne les dérange pas de lire lire "patiment", "ils savant", "péripéti" parce qu'ils ne connaissent pas le sens de ces mots, et ne sont pas étonnés de tomber sur un mot inconnu, aussi courant soit-il. Par habitude de ne rien comprendre, aussi. 

    Je suis assez démunie face à ce manque de vocabulaire, cette méconnaissance des mots courants et le manque de curiosité des élèves face à un texte qui n'a aucun sens. 

    Il leur reste encore cette image faussée de la lecture "magique" où il faudrait deviner, ce qui est écrit parce que de toutes façons, même s'ils déchiffrent correctement les mots, ils n'en connaissent pas le sens... 

    ça ne fait pas avancer la problématique. Je pense que si les élèves arrivent à se corriger de façon intuitive en général, mieux vaut ne pas prendre le risque de les embrouiller. D'un aure côté, s'ils maîtrisent bien, l'exercice peut être interessant pour eux. 

    Pour ceux qui ne parviennent pas à se corriger, on est plus dans un problème de compréhension que dans un problème de déchiffrage. Et comment y remédier, je ne sais pas. 

    2
    Samedi 19 Janvier 2013 à 14:21

     (Merci pour ton long commentaire ).

    Oui, tu as raison.

    C'est parce qu'il n'ont pas fréquemment rencontré certains de ces mots en situation (orale ou écrite) qu'ils appliquent (et c'est très logique) la règle de fréquence de transcription des graphèmes - et alors le "t" fait [t].

    C'est d'ailleurs le conseil que je leur donne moi-même en présence d'un mot inconnu ou inventé : il faut le déchiffrer graphème par graphème.

     

    Donc, ce n'est peut-être pas inutile de les mettre en contact avec ces mots, d'une façon ou d'une autre - tout en prenant soin d'en expliquer le sens...

    En ce qui concerne la sonorisation de la désinence verbale "-ent", c'est à la fréquentation des conjugaisons qu'il faut faire appel, ainsi qu'à la connaissance immédiate du verbe dans une phrase.

    3
    Madame Têtard Profil de Madame Têtard
    Samedi 19 Janvier 2013 à 14:58

    Je vais me servir de tout ça en AP cette semaine. Je me dis qu'au moins, ces mots là auront été vus. 

     

    4
    Mardi 22 Janvier 2013 à 01:36

    J'aime beaucoup tes réfléxions sur les mots difficiles en lecture. Merci pour les pistes de travail. Comme toujours tes réflexions m'aident à avancer. 

    5
    Mardi 22 Janvier 2013 à 10:34

    Merci Dahchan, c'est super sympa.

    Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas vraiment à l'initiative de cet article :

    - Mme Têtard m'a demandé par MP si je connaissais un site recueillant des mots difficiles à lire, et je n'ai pas trouvé quelque chose qui me satisfasse - c'est-à-dire assez exhaustif, et qui confronte réellement tous ces graphèmes;

    - néanmoins, Bien lire, aimer lire, la célèbre méthode de Silvestre de Sacy, propose quelques difficultés à la fin de son manuel. Je n'ai fait que les étoffer (et essayer de les rendre un peu ludiques).

    Ce n'est d'ailleurs sans doute pas terminé, car je vois qu'elle pose le problème du "x", que j'ai zappé.

    En continuant à chercher, je vois que Tom Pouce propose aussi quelques difficultés ici

    6
    Madame Têtard Profil de Madame Têtard
    Mardi 22 Janvier 2013 à 18:16

    Merci pour le tuyau abcd!!

    7
    Samedi 26 Janvier 2013 à 09:58

    Bon, je suis en train de mettre tout ça en forme. Tchou-tchou...

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