• La mémorisation de l'orthographe des mots

    Il est fort probable, voire certain, que notre mémoire orthographique est à la fois visuelle et verbale, simultanément.

    - visuelle car la mémoire stocke des images. Les exercices de copie, la rencontre fréquente avec tel mot permet souvent de retrouver son orthographe par comparaison avec son image mentale. Ainsi, une orthographe défaillante "pique les yeux" car elle jure avec l'image que nous en avons.

    Il me semble, concernant surtout les orthographes arbitraires (an ou en, doublement de consonnes par exemples) que c'est ce canal comparatif qui est le plus opérationnel.

    - verbale, car on se "raconte" aussi les mots. Soit en usant à l'occasion de procédés mnémotechniques ("il faut plus d'air pour se nourrir que pour mourir") qui se sont construits individuellement selon nos fautes personnelles les plus fréquentes, soit en en soulignant, lors de l'apprentissage, les difficultés, soit en faisant appel aux mots de la même famille pour les lettres muettes, ou encore (mais ce ne me paraît pas l'essentiel), en les regroupant par analogie (paon, faon, taon.)

    - Enfin,  à la frontière du verbal, à un niveau un peu plus expert, on utilise nos connaissances sur la langue pour trancher, et l'orthographe sert l'orthographe.

    Ainsi, je n'écrirai pas "enfaim" si je connais la définition de "faim" écrit ainsi. Ni "anfin" si je connais le rôle de la préposition "en"...

    Je n'écrirai par "cronofage" si j'ai intégré, même implicitement, quelques préfixes et suffixes grecs.

    Se mêlent aussi nos connaissances sur les règles de régularité qui régissent l'orthographe (les accents, le "s" entre deux voyelles, le "m" devant m, p, b...), ainsi qu'une certaine idée des fréquences des lettres : ainsi, on préférera le "s" entre 2 voyelles à un "z"; on sait que le "k" est très rare et concerne des mots étrangers... Il s'agit d'une réflexion méta verbale, qui entre sans doute en compte lorsque l'on écrit,mais à un degré moindre que le visuel, je crois.

    Pourquoi écrit-on "raisin" et non "raizin" ? Pourquoi écrit-on "sac" et non "çac" ?

    Est-ce parce que l'on connaît tout des valeurs du "s", selon sa place et son entourage, ou est-ce parce que l'on a enregistré ces mots courants lors de nos lectures-écritures ?

    De même pour les pluriels irréguliers : vais-je mettre un "x" à "hiboux" parce que je connais les 7 mots en -ou qui prennent un "x", ou parce que j'ai rencontré ce pluriel maintes fois ? Ou les deux ?

     

    D'autre part, beaucoup de méthodes d'apprentissage de l'orthographe sont articulées autour de groupements de mots selon un phonème commun : style "j'entends, je vois". Je me demande aujourd'hui dans quelle mesure ce procédé est plus efficace qu'un groupement aléatoire, ou de fréquence (comme l'échelle Dubois-Buyse), ou en relation avec un thème de la classe ou de production d'écrit... ou mieux, par famille, par préfixe ou suffixe commun, ou par lettre muette commune... ou encore, par opposition de phonèmes (étudier en même temps des mots contenant "ou" et "on" au  lieu de balayer un maxuimum de mots en "ou")... ou selon la règle orthographique que l'on est en train d'apprendre en EDL...

    Ces méthodes, proposant de retenir, simultanément, les différentes orthographes d'un phonème, ne favorisent-elles pas, au contraire, les confusions ?

    Je n'en sais rien... Pas facile. Comment être sûre de la poule ou de l'oeuf ?

    Toujours est-il que le canal visuel me semble prépondérant pour les orthographes arbitraires (ou qui peuvent sembler arbitraires à un jeune enfant ne possédant pas l'étymologie), et peut-être aussi (pas taper !) sur les règles qui régissent notre orthographe.

    Il me paraît donc essentiel d'insister, lors de la phase d'apprentissage, sur l'appropriation du mot par lectures et copies nombreuses, soit en contexte (dans des textes ou phrases), soit isolément.

    La méthode pure et dure (et sans doute la plus efficace) consiste dans un premier temps à isoler et à analyser le mot à apprendre (décomposition en syllabes, en phonèmes, référence aux règles de régularité qui régissent ce mot ou au contraire, mise en relief des lettres problématiques), puis à le recopier "dans sa tête", en l'épelant, et enfin sur le papier.

    Dans un second temps, réapprentissage à distance du même mot, afin de le fixer dans la mémoire à long terme.

    Et enfin, par le truchement des dictées (de quelque nature qu'elles soient : auto dictée, dictée à trous, inscription des mots dans des phrases ), vérification de cette fixation - qui peut donner lieu, en cas d'échec massif ou individuel, à un réapprentissage.

    Une méthode plus implicite consisterait à donner à lire et à relire plein de phrases différentes comportant ce mot... Ou à faire écrire, à l'occasion, des jeux littéraires autour d'un mot (calligramme, charade, devinette, acrostiche...)

    La mémorisation de l'orthographe des mots

    Enfin, les jeux de Picot, et d'autres, proposent une manière plus ludique de forcer l'écriture et la lecture des mots. C'est un leurre, car on ne joue pas vraiment, mais ça peut être bien pour varier un peu...

    Exemples ci-dessous pour "mes" mots du plan 4, inspirés de Picot :

    J'apprends en recopiant, exemple 1 : la règle accent/pas d'accent a été au préalable verbalisée plusieurs fois (lien EDL).

    J'apprends en recopiant, exemple 2 : en relation avec l'étude de la forme interrogative.

     

    PS : en discutant avec mes cop' de Loisirs EDP, plusieurs remarques à ajouter :

    - on apprend de ses erreurs, et ainsi,  les procédés d'auto-correction sont à favoriser;

    - néanmoins, il est dangereux de dicter des mots non étudiés auparavant : l'élève risque de fixer une orthographe erronée, beaucoup plus difficile à déconstruire ensuite. D'où mon appréhension envers les dictées non préparées (à réserver aux examens...)

    - se méfier, paradoxalement, de l'utilisation systématique des dictionnaires pour vérifier l'orthographe des mots, surtout que l'on estime courants. En effet, on risque de mettre en place un doute orthographique (certes utile, mais à mesurer) trop envahissant, qui peut inhiber certains élèves lors des phases d'expression. Il me semble plus intéressant de donner confiance aux élèves sur les capacités de leur propre mémoire.


  • Commentaires

    1
    Just_Summer
    Vendredi 9 Novembre 2012 à 14:11

    Tu dessines bien les gobelets!

    Commentaire non idiot : une CPC est venue voir ma séance de dictée avant les vacances et je retrouve plein de choses qu'elle m'a dit dans ton article. Alors ça me conforte dans ma future pratique :)

    2
    Vendredi 9 Novembre 2012 à 14:13

    C'est pas un gobelet, c'est un verre !

    3
    Madame Têtard Profil de Madame Têtard
    Vendredi 9 Novembre 2012 à 14:15

    intelligent.... En voilà un mot difficile. 

    Difficile...

    4
    Just_Summer
    Vendredi 9 Novembre 2012 à 14:16

    Ah bah oui j'suis bête

    5
    Ljub Profil de Ljub
    Vendredi 9 Novembre 2012 à 14:18

    Un autre mot est impotant dans cette analyse : "varier".

    6
    Madame Têtard Profil de Madame Têtard
    Vendredi 9 Novembre 2012 à 14:24

    Oui. Très impotant. 

    7
    Vendredi 9 Novembre 2012 à 14:30

    C'est même hiper impotant.

    (Miro, sors de ce corps !)

    8
    Madame Têtard Profil de Madame Têtard
    Vendredi 9 Novembre 2012 à 14:50
    9
    Ljub Profil de Ljub
    Vendredi 9 Novembre 2012 à 15:01

    L'essentel étant que je ne sois pas impotent.

    10
    ll
    Samedi 10 Novembre 2012 à 00:09
    Du concret, merci. Cette vision (!) est très intéressante. Les représentations peuvent être aussi auditives, verbales, mentales, visuelles, etc. Antoine de La Garanderie a beaucoup étudié les représentations mentales. Les évocations auxquelles vous faites référence ont fait l'objet de très nombreux travaux, jusqu'à récemment. Malheureusement, ces travaux, qui visaient notamment une acquisition durable, tombent dans l'oubli. Aujourd'hui, il suffirait de comprendre ... Huhu !
    11
    ll
    Mercredi 14 Novembre 2012 à 19:01
    Et maintenant du découpage... C'est du joli ! ;)
    12
    Mercredi 14 Novembre 2012 à 19:04
    Zut, mauvais fil, désolé ! :)
    13
    Mercredi 14 Novembre 2012 à 21:07

    Tu veux que j'enlève, ll ? Et tu me le refais sur la carte de Noël ? 

    (ll, tu es sur le Trouble, ou pas ?)

    14
    Dimanche 1er Septembre 2013 à 08:02

    Il y a peut-être aussi une mémoire kinesthésique liée au geste d'écriture. 

    cf. http://ecolereferences.blogspot.com/2013/07/ecrire-apprendre.html

    15
    Claire
    Lundi 27 Janvier 2014 à 20:38

    Bonjour, J'ai trouvé vos réflexions intéressantes.


    Il y a plusieurs années, M. de La Garanderie est venu au Québec et il a fait le profil de Mme Pascale Lefrançois (championne d'orthographe).


    Il souhaitait qu'elle écrive un livre dans lequel elle expliquerait ses stratégies mentales.


    J'ai pendant plusieurs années fait des recherches pour aider mes élèves et j'ai produit un ouvrage (guide d'enseignement et cahiers d'apprentissage). Si vous souhaitez voir le résultat de mes recherches, écrivez "découvrons l'orthographe youtube" dans un moteur de recherche (Google).


    Merci pour le partage de vos réflexions.


     


    Claire Côté


     

    16
    Mercredi 17 Septembre 2014 à 21:49

    Intéressant... Merci pour cette réflexion partagée.yes

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