• La compréhension de textes, ça s'enseigne ?

    Je n'ai pas la prétention de répondre à cette question, mais c'est quand même quelque chose qui m'interroge : jusqu'à quel point peut-on aider les élèves à comprendre ce qu'ils lisent ou ce qu'on leur lit ?

    La préface aux célèbres exercices "je lis, je comprends" affirme la possibilité d'enseigner des stratégies, en les verbalisant et en les entraînant explicitement.

    Oui, d'accord...

    Néanmoins, j'ai l'impression que ces exercices proposent davantage des analyses (certes très utiles et plaisantes) qui ne me semblent possibles qu'après avoir compris l'essentiel du texte...

    Prenons cet exercice (JLJC Ce2, atelier 1) :

    Le prince allait partir en voyage. Il demanda à la fille du sultan ce qu'elle souhaitait. La Demoiselle lui répondit que son unique voeu était qu'il fut toujours en bonne santé. Le fils du roi lui pressa de lui demander quelque chose, mais elle persista dans son refus (...). "Si tu me rapportes ces choses-là, je t'épouserai."

    Il s'agit de surligner de deux ouleurs différentes les mots en gras selon qu'ils réprésentent le prince ou la fille du sultan.

    1) Ce texte est relativement simples du point de vue des référents pronominaux, mais confus du point de vue des liens familiaux entre les  personnages : le sultan et le roi sont-ils une même personne ?

    D'autre part, on ne sait qu'à la fin que le Prince est un prétendant de la jeune fille. Il aurait pu tout à fait être son frère... Non ?

    2) Les obstacles principaux de ce texte me semblent lexicaux (qu'est-ce qu'un "sultan" ?), et surtout culturels : il faut avoir lu pas mal de contes pour savoir que l' enjeu d'un dialogue entre deux jeunes gens de sexes opposés est souvent le même : le mariage à la condition d'une épreuve... et notamment que le mariage entre les deux jeunes gens ne peut pas, dans un conte, aller de soi.

    3) Comment comprendre le référent à "il" (le prince ? le Sultan ?) dans la phrase : "son unique voeu était qu'il fut toujours en bonne santé", par exemple sans avoir déjà compris le texte ? 

     

    Bref, bien que les pratiquant en partie et les trouvant très intéressants, je me demande quel objectif accorder à ces exercices : analyses grammaticales voire stylistiques (qui peuvent être très utiles en rédaction, afin d'éviter les répétitions, organiser mieux son texte...), ou véritables aides à la compréhension en général, transposables ?

    Ce qui pose problème aux élèves, dans un texte, m'apparait la plupart du temps comme plus particulier : point lexical et/ou culturel à élucider; pour un texte plus long, éléments mis en mémoire lors de lectures précédentes à mobiliser...

    Les aides que l'on peut apporter au fil de la lecture me semblent donc principalement  de deux ordres :

    - élucidation des termes complexes par périphrase ou synonymie; éclairage culturel (sur l'époque, le lieu spécifique, sur l'intertextualité);

    - rappel des passages précédents, ou lien avec le nouveau.

    Auxquels j'ajouterais le questionnement systématique du texte à l'oral (afin d'induire des réflexes transposables): "quand ? Où ? Qui ?", et aussi : "C'est qui, lui, déjà ?" "Qu'est-ce que ça veut dire, ce mot ?" "Pourquoi demande/ fait-t-il ça ?" "Que ferais-je, si j'étais ce personnage ?"... 

     

    Et puis aussi, surtout, l'obstacle majeur, ce ne serait pas le manque de familiarité avec l'écrit (voire avec la langue) ? Et du coup lire, faire lire, lire encore, tous les jours, à voix haute, à voix basse, théâtraliser, apprendre des passages par coeur... la meilleure voie vers la compréhension ?

     

    En fait, je suis presque persuadée que c'est l'imprégnation qui (comme pour l'apprentissage du langage), dans des situations les plus naturelles possibles, joue le plus grand rôle dans les capacités à comprendre des textes de plus en plus complexes.

    Je m'interroge vraiment sur le rôle que nous avons à jouer là-dedans.


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    1
    scaravella
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 20:08

    Tes réflexions  me semblent pleines de bon sens! ( C'est le cas de le dire ;)  )

    C'est pourquoi c'est un point essentiel que je m'évertue à travailler dès la petite section de maternelle.

    Je suis ravie de connaître ton blog et je vais venir y faire un tour régulièrement!

    Merci :)

    2
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 22:15

    Merci beaucoup à toi !

    3
    Rikki-tikki-tavi
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 22:29

    Il y a un bouquin sympa, je ne sais pas si tu le connais : 

     

    http://www.amazon.fr/Lecture-pour-cycle-compréhension-interprétatif/dp/2218746549

     

    Ca peut être intéressant de mener un débat, justement, pour savoir pourquoi le prince ne peut pas, dans ce conte-là, être le frère de la fille du sultan...

    4
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 22:34

    D'accord avec toi et avec lire et relire à voix haute, jouer, surjouer, théâtraliser...

    5
    Samedi 8 Septembre 2012 à 12:38

    Rikki, je ne connaissais pas, merci pour la réf.

    6
    Samedi 22 Septembre 2012 à 21:03
    7
    Samedi 22 Septembre 2012 à 22:40

    Je n'ai lu pour le moment que les phrases surlignées de l'article (grosse fatigue), et effectivement, elles me semblent pertinentes?

    Surtout celle-ci :  

    "Ne pas consacrer un temps excessif à enseigner des compétences formelles de compréhension" 

    Cela va à l'encontre de la mode de la "littératie", qui arrive tout droit du nouveau continent également.

    Spinoza, qui est ce sympathique Monsieur Hirsch ?

    8
    Mecarson Profil de Mecarson
    Mardi 23 Avril 2013 à 13:02

    Je découvre ton article et je le trouve très intéressant. J'aimerais aussi développé un enseigement qui me permette d'éviter le regard vide, voire apeuré de mes élèves lorsque je pose certaines questions de compréhension (non non, je ne ressemble pas au père fouettard!). Où en es-tu dans tes réflexions?

    9
    Mardi 23 Avril 2013 à 17:14

    Hirsch est le fondateur de Core Knowledge. Voir aussi sur le site Formapex : ici.

    J'ai lu deux bouquins de lui très intéressants : The schools we need and why we don't have them, et aussi The knowledge deficit qui traite explicitement de la compréhension en lecture.

     

    L'annexe de The schools we need a été traduite : cf par exemple ici la traduction de Pierre Lariba :

    Antipoison pédagogique (Guide critique des termes- et expressions-pièges qui parsèment le débat éducatif)

    désolé copier-coller

    J'ai aussi traduit la conclusion de The knowledge deficit : Pourquoi une théorie de la lecture adéquate est-elle d'une importance critique ?

    10
    sassyle
    Dimanche 28 Avril 2013 à 17:05

    Bonjour, je découvre ton blog et je suis très intéressée par cette question.... mais toujours en recherche d'un début de réponse. Je suis tout à fait d'accord avec ton analyse.

    Bonne continuation et merci pour ces partages

     

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :