• Des intégrations stigmatisantes ?

    J'ai dans ma classe, depuis le lendemain de la rentrée, et pour de nombreux mois encore, une enfant du voyage qui, bien que motivée, n'avance pas à la mesure de ses possibilités dans ma classe - très hétérogène, où il faut déjà gérer des troubles du comportement avérés ou latents, et une dyslexie quasi certaine.

    Hier dimanche, je me suis réveillée en culpabilisant : voilà une période entière (7 semaines et demi) que je l'ai dans ma classe, à temps plein, et qu'ai-je fait (qu'a fait l'Institution ?) pour elle, à part l'accueillir dans un groupe d'enfants de presque son âge, lui donner 10 minutes par jour des rudiments du principe alphabétique, et entretenir ses connaissances de la suite numérique par des jeux trouvés chez les collègues bloggeurs (que je remercie au passage pour ce partage) ? 

    C'est déjà pas mal, dira-t-on...

    Non. C'est grandement insuffisant.

    Comment un enfant de 9 ou 10 ans peut-il vivre ce décalage énorme avec le reste du groupe ? Ne copiant pas les poésies, ni les devoirs, ne pouvant faire du français ni des maths en même temps que les autres, se sentant obligatoirement à l'écart des distributions de textes, d'exercices, de documents en sciences ou HG, jusqu'à me demander si elle peut réaliser tel coloriage d'Halloween donné la veille des vacances... Comme si rien de ce que faisait le groupe ne la concernait...

    Comment ne pas comprendre qu'elle explose de temps en temps de frustration, en le faisant savoir à toute la classe, qu'elle veuille parfois s'enfuir d'une école qui ne tient pas ses promesses, alors que les travailleurs sociaux en relation avec ses parents encouragent cette scolarisation, s'opposant parfois à un mi-temps, et que l'enfant elle-même se réveille pour venir à l'école quand toute la famille dort encore, en l'absence de travail ?

    Pourquoi sommes-nous complices, et acteur principaux, de cette stigmatisation ?

    Pourquoi est-ce à moi, instit' lambda, de trouver des réponses, de maintenir un semblant de lien entre elle et le savoir scolaire ?

     

    (Je pense effacer cet article rapidement, mais j'avais besoin d'exprimer par écrit cette forme de colère diffuse, sans réels destinataires que ceux qui, vague entité, décident de ce ce qui est Bien,  - qui laissera bientôt place, comme d'hab', à la résignation. Pas le choix).


  • Commentaires

    1
    Le Guen
    Lundi 29 Octobre 2012 à 11:26

    Est-il vraiment hors sujet cet article? Je ne le pense pas. Il est même au coeur de cette refondation de l'école que notre nouveau gouvernement essaie de nous vendre. L'exemple de cette petite élève "pas comme les autres" devrait en être une des préoccupations.

    2
    Mirobolande Profil de Mirobolande
    Lundi 29 Octobre 2012 à 11:50

    Je ne vois pas pourquoi il faudrait effacer cet article. 

    Tu écris bien. 

    On est confrontés à des difficultés qui nous mettent mal à l'aise, on voudrait (devrait pouvoir!!!) faire plus pour chacun de nos élèves, mais l'institution ne nous en offre pas les moyens. Un jour une amie m'a dit que j'avais choisi ce métier pour d'excellenets raisons, mais que voilà,...

    Car, oui, les difficultés "lambda" de la classe sont parfois bien assez difficiles à gérer. Alors, quand j'y ajoute une élève "hors-normes" (et sans stigmatisation aucune)...

    Mais les activités guidées de maths et de français, ne pourrait-elle pas les faire avec le groupe-classe? Ou alors, ce que 'écris est idiot? Et en sciences et HG, un système de tutorat serait-il envisageable? 

    Bonnes vacances!

     

     

    3
    Lundi 29 Octobre 2012 à 17:50

    Courage !

    4
    Mardi 30 Octobre 2012 à 10:38

    Merci Spin'...

    Miro : le décalage est trop important.

    Le Guen : + 1.

     

    Merci pour vos com ' ! La solution d'une classe spé dans les communes proposant une aire d'accueil, à effectif hyper allégé pour être suceptible d'accueillir qui arrive, avec pourquoi pas un noyau sédentaire, me semblerait la meilleure solution. 

    5
    etanniwenn
    Samedi 17 Novembre 2012 à 17:48

     Bonjour

     Je te comprends à la rentrée un élève allophone puis avant les vacances une deuxième enfant allophone et hier une troisième élève allophone. Alors dans une classe de CP à 22 dont 3 enfants allophones, c'est difficile de trouver des activités adaptées avec cette barrière aussi importante : le langage. Eh oui nous avons une classe (pour toute la ville) pour les enfants du voyage et les enfants allophones mais ils sont plus de 30 donc ils bénéficient de 45 minutes avec l'enseignant certains jours. Alors je comprends ton désarroi par moment.

     Bon courage

     

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